












 |
Textes
de Olivier Muzio
2002
Fasciné
par les manques dans la continuité signifiante comme générateur de sens,
il
puise son inspiration dans la lumière incertaine des
ruelles du Vieux Nice où, affiches
déchirées, stucs délavés, ferrures oxydées, vieux murs
salis par le temps lui
procurent de la matière pour créer, à telle enseigne qu’ils
lui suggèrent un nouveau
support, la peinture – qu’il avait déjà pratiqué mais qu’il
enrichit de matériaux divers
tel que la chaux, le collage de papier ou de carton.
Ce faisant, il approfondit une recherche visant de son
propre aveu à la connaissance
de soi, démarche qui, dit-il, doit être aussi celle de
l’observateur.
Tel un chercheur du siècle passé,
il offre à ses œuvres, des noms puisés dans
la taxinomie de la botanique, réminiscence d’étude qu’il
avait entreprise pour son
plaisir, et choisis pour leur ésotérisme ; il ajoute volontiers
qu’à l’aspect minéral de
ses œuvres, il aime à associer le
végétal, comme pour créer un lien humain
entre
le dédale de pierres et de toitures et sa perception intime de la
nature.…
2006
" Une fois de plus -, je m'avance, une fois de plus, le
long de ces couloirs, à travers
ces salons, ces galeries, dans cette construction -
d'un autre siècle cet hôtel immense,
luxueux, baroque, - lugubre, où des couloirs,
interminables succèdent aux couloirs, -
silencieux, déserts, surchargés d'un décor sombre et
froid de boiserie, de stuc, de
panneaux moulurés, marbres, glaces noires, tableaux aux
teintes noires, colonnes
lourdes, tentures - encadrements sculptés des portes,
enfilades de portes, de galeries,
de couloirs transversaux, qui débouchent à leur tour
sur des salons déserts, des
salons surchargés d'une ornementation d'un autre
siècle, des salles silencieuses... "
Alain ROBBE-GRILLET -
Ecrivain, cinéaste et peintre français - Extrait de son
scénario du film d'Alain RESNAIS,
" L'année dernière à Marienbad "
- Lion d'or à Venise en 1961.
Lorsqu'on pose à René Galassi la fameuse question : " Pourquoi
peignez-vous ? ", la
réponse fuse, comme une évidence : " Je crée un monde,
mon monde ". C'est bien sûr
la réponse de l'artiste du XXième siècle, libéré du
carcan de la signification, de la
nécessité académique de reproduire éternellement les
formes du passé. Cette névrose,
qui est l'essence même du modernisme, - s'opposer au
monde, est le moteur de l'artiste,
qui ne peut créer que pour soi, et non sur commande ou
pour satisfaire les goûts d'un
public, ou des critiques ; en fait, il crée pour un
public qui, par définition, n'existe pas
encore. Il est en perpétuelle recherche d'un sens
possible, qu'il sait ne pouvoir jamais
atteindre , puis ensuite figer sous la forme d'une
règle, une loi, inflexible, immuable, -
totalitaire. Il n'a rien à dire, il est à la recherche
de ce qu'il a à dire. Chez René Galassi,
les thèmes, toujours récurrents, sont traités, repris,
ressassés jusqu'à l'angoisse, cette
angoisse qui, pour HEIDEGGER est le prix à payer pour
accéder à la liberté de l'esprit.
C'est une perpétuelle quête qu'il nous est donné
d'accompagner le temps d'une visite et
bien après, de dessin en gravure. Bien sûr, il serait
vain de demander à l'auteur quelque
explication que ce soit sur son travail. S'il en avait
une, rassurante, univoque, mieux
vaudrait la donner tout de suite et s'épargner ainsi
l'inquiète recherche de la création.
Mais le spectateur veut alors ressentir, il veut investir ce
monde, et ce faisant, participer
de l'oeuvre en devenant à son tour auteur, et inventeur
de sens, et critique aussi. Que
fait donc à son tour le spectateur moderne ? Il
s'approprie l'oeuvre, l'oeuvre ouverte à
tous les vents. Il est à son tour investi d'un rôle, et
n'est plus le bourgeois philistin béant
devant un inaltérable bloc de béton plein et sans
faille, de type sous-balzacien, qu'on lui
demande d'avaler tel quel, mais il doit faire l'effort
de la liberté suprême : s'inventer soi
même.
Comme pour mieux illustrer mon propos, j'ai choisi de mettre en
exergue ce texte
d'Alain ROBBE-GRILLET car il me paraît être un
excellent exemple du cheminement
d'un imaginaire à travers un tableau. On pourrait le
supposer suscité par exemple par
un DELVAUX, ou un MAGRITTE, mais aussi par un GALASSI.
Les premiers mots de
la première phrase (une fois de plus - , je m'avance,
une fois de plus... ) au présent de
l'indicatif, situent dès l'abord le spectateur au coeur
même de l'oeuvre qu'il tente
d'investir, et indiquent - en direct - un déplacement
dans un espace- temps (un monde) ;
petit à petit se tissent des sensations, des images,
qui peu à peu se précisent, mais
les détails se multiplient, puis reviennent de temps en
temps, parfois modifiés, rendant
impossible un inventaire exhaustif, d'autant que des
contradictions vont bientôt
apparaître, puis des redites, puis des manques, enfin
tout ce qui fait qu'une oeuvre d'art
vit, et les images qui tout à l'heure apparaissaient,
se dissolvent à présent, comme les
visages fantomatiques, improbables, qui se dessinent, -
aussitôt apparus qu'évanouis -
dans les motifs d'une tapisserie, mais " les couloirs
interminables succèdent aux
couloirs ", et il y a encore bien d'autres salles à
explorer, derrière les enfilades de
portes, les galeries, tandis que je m'avance (une fois
de plus ?) dans l'obsédant
labyrinthe galassien...
Ce jeune artiste en pleine évolution vous invite à le découvrir
et à l'accompagner
dans sa passionnante entreprise : inventer le monde, c'est à
dire inventer l'homme
de demain.
|