












 |
FLUX VITAL : ENTRE LA MATIERE ET L'ESPRIT
Une énergie se dégage de ses grandes toiles...
Une énergie que seule la dialectique, fluide et contrastée, peut produire entre la matière et l'esprit...
Une énergie subtile qui naît de la juxtaposition de matériaux simples, naturels...la terre, l'argile...
et de la matérialité complexe et sophistiquée de l'or et de l'argent...
Une énergie qui émerge lentement mais inexorablement de la juxtaposition de couleurs basiques...
ocre, bleu-outremer...avec des nuances stratifiées de noir, de blanc, de gris-vert...
- Chiara Up -
Excerpt |
|
« Les objets picturaux modernes, écrivait
Merleau-Ponty, saignent, répandent sous nos yeux leur substance » Chez René Galassi,
la substance déborde de l’être physique du tableau. La matière
picturale se craquèle, la surface de la terre se fissure dans cet univers
où
domine la couleur ocre doré.
Ces fissures terrestres se dissolvent dans un noir à la rondeur surprenante et lisse où la matière se fait plus
impalpable dans le bas
du tableau. La mort semble glisser dans tous les
interstices de la croûte terrestre et frôler le monde nocturne.
Et pourtant du fond des failles et des
craquèlements du désert qui envahit le monde, surgissent d’étranges cordes
qui, en sortant des
entrailles du tableau, se rejoignent en chandelier
géant, ménorah sacrée dont la tige touche le sol que nous foulons, nous
spectateurs !
Le tableau devient le lieu privilégié d’un
échange permanent, d’un rapport dynamique entre deux couleurs, deux
densités, deux mondes.
La corde organise l’espace du tableau et le relie à
l’extérieur par un frôlement inédit.
La peinture de René n’a rien à narrer.
Elle exhibe une relation originale entre l’aplat du tableau et les volumes
extérieurs. La présence
d’une Figure verticale tressée de cordes nous relie
à des sensations à la fois infernales et célestes. Le tableau, pour
reprendre un mot
de Deleuze sur F.Bacon, arrache la Figure au figuratif et
c’est dans ce nouvel ordre libéré que nous retrouvons une dimension sacrée
qui, selon une tradition ancienne , oblitère toute représentation de
Dieu.
Du creux, du vide jaillissent des lianes
qui viennent frôler le bord de nos regards. Le tableau ne raconte plus rien
que son propre
mouvement d’élévation.
- Nicole Deleu - |